BENZINA

"Tayeb ( saraha raha) m'a humilé"

Il est le seul artiste à avoir pu faire sortir la chanson malouf de son carcan constantinois, sans avoir la prétention de l’élève qui dépasse le maître « El Fergani », Abdelaziz Benzina a su imposer ce style musical au public algérois, un public traditionnellement hermétique à cette tendance constantino –tunisienne ; son dernier album « ya Chadli ya Belahcen » puisé du pur patrimoine tunisien en est la preuve, une chanson qui passe en boucle sur toutes les radios locales algériennes.

Sa 1ere scène il l’a faite à Ruisseau, un quartier d’Alger, alors qu’il n’avait que 14 ans, à l’occasion d’une fête familiale, sa voix forte et aérienne, lui promettait déjà un avenir artistique des plus radieux, la graine de star était née.

Ensuite s’enchaînant les succès, avec un premier album signé Ahmed Angar et dont la chanson phare était « Rahet Hlawet z’mane » reprise plusieurs années plus tard par Khaled sur un air de « Zwit Rwit ».

Sa chanson « Chedou bentkoum aaleya » est sans doute celle qui l’a fait le plus connaître au public, suivi de l’inoxydable tube «  ya Sarah » qui l’a propulsé au rang des plus grands artistes de sa génération.

Benzina est un artiste perfectionniste, c’est ce qui explique d’ailleurs le peu d’albums enregistrés «  a peine dix albums pour une carrière de 33 ans, nous dira t il, je prends tout mon temps pour fabriquer un album, je veux donner au public un produit de qualité »

Doucement mais sûrement, il met la barre haute en s’attaquant à une chanson du pur et dur malouf, «  Salah Bey », une chanson que très peu d’artistes ont osé interpréter tellement elle nécessite une puissance vocale, Benzina ne s’arrêtera pas là et il promet une autre surprise qu’il confiera en exclusivité aux lectrices et lecteurs de LNC, une chanson du terroir « Frag Ghzali » en mode sihli Tounsi, un bit we syah qu’il chantera sur la demande de

la Diva

Warda

El Djazairia, «  c’est sur insistance de mon idole de toujours Warda que je vais la chanter, en l’interprétant c’est ma façon à moi de lui rendre hommage », il est à noter que cette chanson a déjà été interprétée par un autre maître, Amer Ezzahi, un chanteur à qui Benzina voue une admiration sans limites.

Benzina a en fait plusieurs tours dans son sac, un autre album est en chantier «  Mour W’hlou » (amer - doux), un mix variété - malouf qui enchantera à coup sur ses fans et tous les mélomanes. « Qu’on me laisse travailler, qu’on m’aide, c’est tout ce que je demande, je beaucoup à donner pour la promotion de notre riche patrimoine musicale » dira t il ?

Ce kabyle natif de Constantine, n’oublie pas ses origines, il nous apprend qu’il est en train de composer et d’arranger une chanson en kabyle «  ya tir » (l’oiseau) pour un jeune chanteur, il nous fera d’ailleurs écouter un passage de cette chanson que nous avons beaucoup apprécié.

Au cours de notre entretien, Benzina est revenu longuement sur l’incident qui l’a opposé à Tayeb, l’animateur de  Saraha raha « Saraha ? de quelle saraha parle t il , si c’est vraiment de la saraha pourquoi ne pas la passer en Direct ? Je lui conseille de changer le titre de cette émission, qu’elle n’a rien de professionnel. » Dira t il.

« J’ai été invité à cette émission en tant qu’artiste au même titre que Mohamed Lamine et Radia Manel, mais j’ai été complètement ignoré, mis à l’écart, j’étais là juste pour le décor quoi, les deux autres chanteurs que j’apprécie d’ailleurs beaucoup et que je respecte, étaient traités comme des rois, ils étaient longuement interviewés, ils avaient même le droit de chanter en play back, je me sentais vraiment de trop, pas la moindre considération, j’étais invisible aux yeux de Tayeb, à peine s’il me regardait de temps en temps. Pourquoi ces deux poids deux mesures ? À ma connaissance j’étais invité en ma qualité de chanteur pas pour faire de la  figuration » enchaîna t il.

Se sentant humilié et mis à l’écart, Benzina a fini par claquer la porte à cette émission «  je ne pouvais plus supporter d’être traité de la sorte, j’ai craqué et j’ai claqué la porte à cette émission, d’ailleurs je ne n’y remettrais plus les pieds tant que c’est Tayeb qui l’anime »

C’est un artiste touché dans son amour propre que nous avions en face de nous, blessé, il cachait mal sa douleur, c’est la sensibilité des grands artistes.

Farouk Belazzoug