JIMMY OIHID

Oriental Root

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Farouk Belazzoug : Magazine « les Nouvelles Confidences » du mois d’Avril 2008

“ Jimmy c’est d’abord une voix et un coffre impressionnant qui le hissent carrément au niveau des plus grands chanteurs du Rythm&Bleus noir (Otis, Wilson et les autres…) ce mec est certainement l’un de nos meilleurs chanteurs actuels.”

C’est ainsi que la très sérieuse et spécialisée revue française (Rock &Folk) a accueilli le dernier album de Jimmy Oihid.

Et c’est pour mieux connaître cet artiste très peu médiatisé dans son pays, que nous sommes allés à sa rencontre.

Portrait très root d’un artiste hors du commun.

Belkousse Abderahmane Wahid, allias Jimmy Whid , est né il ya une quarantaine d’années à Sidi Moussa, sur la route de Blida.

A l’âge de 6 ans il part en France pour être hospitalisé dans un hôpital lyonnais, il y reste 12 ans, une maladie qui l’a profondément affecté aussi bien moralement que physiquement, il en garde les séquelles jusqu'à aujourd’hui.

Durant son long séjour hospitalier il découvre les monstres du blues et du Jazz, les Jimmy Hendrix, Otis Redding, James Brown et autres Bob Marley, Brel….

Influencé par ces rythmes, le petit wahid se met alors à travailler son oreille musicale et sa voix, « je passais mes journées à fredonner ces aires » se rappelle t il, au point d’être surnommé par le personnel de l’hôpital de Jimmy, d’où son pseudo Jimmy Oihid.

A sa sortie de l’hôpital, Oihid qui voulait être policier pour combattre l’injustice et être du côté des opprimés a vite compris que la maladie qu’il a contracté ne lui permettra jamais d’être flic mais a aussi compris que cette injustice peut être combattu autrement que par la force « la musique est un extraordinaire message de paix » dira t il en substance.

Armé de sa seule extraordinaire et puissante voix de bluesman, Jimmy se lance dans la musique, en signant, en 1990, son 1er album « vivre libre», suivi en 1992 de « salam alikoum », en 1995 « one 2 free », en 1998 « Freedom » et autant de succès dont  Zawech, un clip enregistré en 1985 avec Aziz Smati, Ya El Meskine, et l’Algérie Mon amour dont il a coécrit les paroles avec Baaziz.

Comme nul n'est prophète dans son pays, Jimmy multiplie les concerts dans les quatre coins du monde, allant jusqu'en Jamaïque,

la Mecque

du reggae, où à chaque passage il fait un tabac, et c'est en terrain conquis qu'il se produit à chaque passage" dans mon pays on fait rarement appel à moi, alors que durant les folles années du terrorisme, j'ai animé plusieurs galas au moment où les autres artistes étaient aux abonnés absents, mais je me déplaçais a chaque fois avec mes propres frais, juste pour apporter un peu de gaieté et de bonheur à ce pays meurtri, j'ai même proposé aux autorités de l'époque d'organiser un matche de football gratuit entre l'équipe nationale algérienne et celle de

la Jamaique

« les wailers ( le fameux groupe de Bob Marley) étaient prêts à me suivre dans cette aventure malgré les risques de l'époque, pour vous dire à quel point je voulais investir pour les jeunes et la culture de notre pays. Et maintenant que le calme est revenu on fait appel à ses fuyards alors que moi je suis complètement ignoré, j'ai comme l'impression que mon nom ne figure même pas dans leur fichier des chanteurs algériens installés à l'Etranger."

Malgré ce boycotte, Jimmy le révolté, continue son chemin en fouillant et en explorant d'autres pistes musicales allant jusqu'à inventer "l'Oriental reggae" un reggae remonté à la sauce des sonorités musicales algériennes.

Après plusieurs années d'absence, à travailler dur et à militer dans diverses associations caritatives et plus particulièrement auprès des handicapés, Jimmy revient avec, dans sa hotte, un album riche en sonorités tindi- reggae bleus, un "vent mystique venu des peuplades du sahara, à la rencontre des cultures Rasta, un pont entre

la Jamaïque

et l'Afrique"

"Oriental Roots" son dernier opus dans lequel il introduit toutes les sonorités du bled,de

la Zorna

de Halimouche dans des morceaux très roots, il fallait oser, du reggae à l'état brut aux senteurs du chaabi du baladi et même du aaroubi, des pistes assez proches du stand up get up du king Marley, même les Wailers se donnent à cœur joie en jouant avec ce James Brown du bled, "Je n'ai jamais entendu un arabe s'essayer au reggae avec une telle voix et une telle aisance" lui avoua Aston Familyman, le bassiste du Roi Bob.

Jimmy est flatté de ce compliment, lui qui partage avec les Wailers les mêmes valeurs de paix, d'amour et de respect "entrer en studio avec les Wailers c'est entrer dans un mythe, c'est impressionnant d'être à coté des dieux du Reggae" 

Un album très réussi, majestueusement mixé par Alain Durand, des morceaux savamment dosés entre le blues, le reggae et ses racines musicales, une bonne balade entre Kingston, le Michigan et Alger, à consommer sans modération en fumant ….. du thé