KWAL

Hip Hop et derbouka au coeur d'Alger

(les nouvelles Confidences du 13 Octobre2008)

En ce Mercredi 8 Octobre 2008, à la salle de spectacles Ibn Zeidoun (Ryadh El Feth), il n’y avait pas cette horde de jeunes en tenue grunche bizarroïde qui semble sorti tout droit d’un film d’épouvante, Il y avait des familles, que de familles, pas le genre de personnes qui vont se déchaîner comme des possédés sur des aires de musique de zombies.

Sur scène, et avant l’entrés de l’artiste, il n y avait que des instruments nobles : des violons, un violoncelle, une derbouka et un tambour.

19h30, un jeune homme fait son apparition sur scène, jean, chemise noire et pieds nus, avec lui les musiciens, standing ovation, aux premières notes, je commence à découvrir un artiste hors du commun, il entame un « bienvenue dans mon univers », c’est que le chanteur ne chante pas, ses textes, il les lit, les dit, les vit au moment au les violons gémissent, respirent, exultent, rugissent, et la derbouka fait des roulements acoustiques à vous couper le souffle.

Vincent Loiseau alias Kwal et ses compares : Daniel Trutet et Anne Berry aux violons, la pétillante Anne Laure Bourget aux percussions et DJ Achaisse aux platines  subjuguent l’assistance, il est sémillant ; dans sa musique on voyage, on découvre, aux fil de ses titres, une musique d’une originalité éblouissante, on retrouve des éléments de tous les styles musicaux qui lui sont chers : les envolées poétiques du slam-rap, les ambiances jazz ou trip-hop, les percussions groove, les sonorités africaines et du cherki , dans ses performances scéniques il danse la danse du ventre et le dabke ( danse libano-palestenienne).

Un texte fluide et posé sort de sa bouche et rencontre un habillage sonore de cordes classico-libanaises. Le métissage domine l’œuvre, avec des parfums afro-beat mariés au jazz, à des textures discrètement electro ou à la musique universelle, et entourés de morceaux de chanson dans lesquels le swing et l’oriental ne font qu’un.

Fort moment d’émotion lorsque les musiciens quittent le scène pour le laisser seul à lire un poème à la mémoire de sa défunte mère sur un léger fond de musique sacrée, difficile de retenir ses larmes devant tant d’émotion et devant la force des mots.

Kwal est  plutôt un Guewal ( conteur )  enchaîne avec (Elle ) se moque éperdument des jugements des gens , Chérie( reviens), ( Chez Lucien) une petite histoire de bar, (Tanga tanga) l’exilé en langue malienne.

Vincent surprend tout le monde en récitant, en intro, quelques vers dans un arabe liitéraire très soutenu du poète tunisien Aboulkacem El Chabi, « idha chaaboune youmene arada el hayate… » (Si un jour le peuple décide de vivre librement…. )Suivi d’une très belle chanson en hommage au peuple palestinien et a son soutien à la lutte contre l’occupation.

21h, Vincent et son groupe quittent le scène sous un torrent d’applaudissement et de youyous, ce fut un beau spectacle à la veille du 30 eme anniversaire de la disparition d’un autre poète Jacque Brel, un beau cadeau pour tous les amateurs de la belle musique et de beaux textes, un artiste à découvrir absolument.

Farouk Belazzoug